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 Civilisation berbère et monde musulman

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AuteurMessage
Andrea



Messages : 11
Date d'inscription : 06/09/2007

MessageSujet: Civilisation berbère et monde musulman   Ven 14 Sep - 21:08

La conquête arabe et la conversion des Berbères à l'islam déterminèrent durablement leur destin historique. Cette conversion n'est connue que par la tradition arabe, mais il est établi que l'islam ne triompha définitivement qu'au XIIe siècle. L'esprit d'indépendance, la tendance à l'extrémisme et le puritanisme souvent reconnus aux Berbères expliquent qu'ils aient parfois, contre la domination arabe et l'orthodoxie islamique, adopté des doctrines égalitaristes comme le kharidjisme ou le chi‘isme et combattu leurs maîtres orientaux. Mais cela n'empêcha ni l'islamisation ni l'arabisation. La Berbérie se sentit désormais orientale.

La première classification sûre des tribus berbères, valable pour la seconde moitié du XIVe siècle, a été fournie par l'historien arabe Ibn Khaldun. À l'est se situaient les Lowata de Cyrénaïque, de Tripolitaine, du Djérid et de l'Aurès ; à l'ouest, les Branès et les Zenata. Ces derniers, grands nomades conquérants arrivés en Afrique du Nord à la fin de la période byzantine, devaient s'arabiser les premiers. Les Branès, ceux qui se désignaient sous le nom d'Imazighen (hommes libres), seraient les plus vieux Berbères. Ils comprenaient alors les Maçmouda, sédentaires du Moyen et Grand Atlas, et les Sanhaja (Iznagan), divisés en sédentaires (Qotama de Kabylie, Ghomara du Rif) et grands nomades du Sahara occidental (Lemta, Lemtouna, Gouzoula).

Cette situation et cette nomenclature ne devaient pas durer. L'immigration arabe et les « invasions hilaliennes » renforcèrent, du moins dans les régions ouvertes, l'arabisation des tribus berbères dont la plupart renoncèrent à leur nom ancien pour se rattacher à un clan arabe plus prestigieux. D'autres tribus, toutefois, généralement d'habitat montagnard, telles les tribus de l'Aurès de la Grande Kabylie, du Rif et de l'Atlas, bien que musulmanes et plusieurs fois réislamisées par les marabouts, conservèrent leur langue et leurs coutumes.

C'est surtout l'observation de ces coutumes qui a permis de dégager l'originalité berbère. Celle-ci se manifestait essentiellement par l'existence d'un droit coutumier et d'une organisation judiciaire non coraniques. Les deux caractéristiques de ce droit berbère étaient le serment collectif à mode de preuve et l'utilisation de règlements et de tarifs de pénalités connus sous le nom de lqanun. Quant à la justice, elle était rendue soit par des juges-arbitres, soit par des assemblées de villages. Toutefois, la coutume berbère n'était pas un droit purement laïc et n'entrait pas en conflit avec le droit coranique.

Il a été longtemps de mode d'opposer les traditions berbères aux usages des Arabes maghrébins. Or, les traits communs apparaissent au moins aussi importants. L'organisation sociale reposant sur les liens du sang, réels ou fictifs, la pratique des corvées collectives, l'usage de greniers communautaires se retrouvent en fait chez les Berbères et chez les Arabes. Même la prétendue « anthropolâtrie berbère » n'est nullement caractéristique, car le culte des saints se retrouve dans le monde islamique tout entier.

Politiquement, les Berbères ont formé à plusieurs reprises des États indépendants (royaumes de Tahert, de Tlemcen, royaume aghlabide de Kairouan, royaume mérinide de Fès...), voire de grands empires étendus à tout ou partie du Maghreb (empire almoravide et almohade). Ils ont connu divers types d'organisation (aristocratique, théocratique, monarchique) et non pas seulement le système prétendument démocratique des jama‘a qui, selon certains auteurs, les caractériserait ; ces assemblées désignées par des clans ou çoff représentaient en réalité une étroite oligarchie d'anciens, gouvernant au nom de la tradition. Il faut donc se garder de toute généralisation concernant les mœurs et la vie politique des Berbères.

Bien qu'on puisse parler d'une civilisation berbère, celle-ci apparaît comme peu originale sous son vêtement d'archaïsmes. La maigre littérature berbère, purement orale, consiste en fables animales, contes et chants traditionnels ou improvisés ; elle est surtout faite d'emprunts à l'Orient arabe, à l'exception de quelques poèmes ou chants guerriers.

Les Berbères ne semblent pas avoir été originaux dans le domaine artistique : si le même goût du décor géométrique élémentaire se retrouve dans la céramique, la bijouterie, la sculpture sur bois, l'art du tapis, il est possible d'y reconnaître des éléments de provenances diverses peu à peu figés par une pratique étroitement conservatrice.

Auteur : Charles-Robert AGERON
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